Je vous partage une interview-échange réalisée avec Isabelle Challut, infirmière, auteur, accompagnante et enseignante autour de la naissance.. et depuis peu, des passages de vie.


Mais avant ça, un petit partage sur ce que cet échange m’a apporté  Si vous le souhaitez, vous pouvez accéder directement à la vidéo.


Je me souviens de la première fois que j’ai entendu Isabelle parler. C’était une interview réalisée par Maïtie Trélaün dans le cadre du sommet de la naissance, si ma mémoire est bonne… J’avais accouché de ma seconde fille peu de temps avant ça et j’avais moi aussi vécu une expérience incroyable et transformante de mise au monde de mon bébé. Dans cette interview, Isabelle décrivait tout ce que l’expérience de naissance de son second enfant lui avait apporté et comment le secret de la femme puissante et compétente de mettre au monde lui avait été révélé. Je me disais « mais c’est mon expérience qu’elle décrit » 😊. J’ai ensuite acheté son livre « La maternité au féminin » et j’ai continué mon petit bonhomme de chemin de (sage-)femme.

Puis récemment, je reçois l’annonce de son prochain séminaire organisé en Belgique. Sans les détails de l’évènement, je ne me sentais ni appelée ni dans l’urgence d’y assister. Après tout, ce sera fin octobre et moi la naissance de ma fille est prévue pour début octobre… Et Isabelle s’est mise à donner davantage de détails sur le contenu de ces 3 jours et en un coup d’œil, j’ai eu comme un flash, ce séminaire est fait pour moi ! La voilà qui compte rapprocher les 2 passages que nous avons tous en commun dans nos vies sur terre : la naissance et la mort. Je veux en savoir plus ! Je dois la contacter. Je propose à Stephanie Halleux, organisatrice de l’évènement d’interviewer Isabelle pour parler de ce séminaire et plus si possible…

Je me mets en route et en contact avec Isabelle

24 juillet, voici cette Interview « Oser les passages de la vie ».

Je ne sais pas si tout est là et bien intact car je mélange les conversations hors enregistrement et enregistrées.

Mais voici ce que cette rencontre et cet échange m’ont apporté : un élan pour vous parler de ma mère, de sa maladie, de mon vécu et surtout de ce que je viens de comprendre.


Depuis bientôt 7 ans, ma mère est malade. Elle est tombée malade lorsque j’ai repris mes études de sage-femme en 2011. Un cancer dégénératif lui annonça-t-on alors. Le choc. Elle si forte et pleine de vie, jamais fatiguée et toujours dans l’action. La voilà malade. Des mois pour obtenir un diagnostic correct et pour comprendre ce qu’elle avait. Son état se dégradait de jour en jour, elle savait alors à peine marcher et à peine parler. Finalement, les médecins trouvent… un traitement est proposé et la voilà qui revient à la vie petit à petit. Elle fera des mois et des mois de chimiothérapie pour vivre ensuite une période de « sommeil du cancer » pendant quelques années. Mais plus rien n’est comme avant. Elle n’a plus sa puissance ni sa présence d’antan. La maladie a pris une partie de ce qu’on lui connaissait et elle se retrouve nous offrant de nouvelles facettes d’elle-même. Pas moins bien, ni mieux, juste différentes.

Alors que je venais d’arriver dans notre nouvelle vie en Californie, il y a un peu plus de 3 ans, elle rechute. Le cancer reprend vie. Il faut recommencer les traitements. Nous sommes en 2014. Depuis ce jour, elle n’a cessé d’être sous chimiothérapie et autres médicaments en tout genre pour faire face à tout ce que son système immunitaire ne sait plus contrer. Elle se bat. Elle ne se plaint jamais, ou que très rarement. Mais à chaque « petit bobo » (virus, bactérie ou parasite quelconque), son état se dégrade un peu plus. Pourtant, elle reste avec l’envie de vivre et de nous voir, nous ses proches, évoluer dans nos vies.

Récemment, lors de nos vacances de Pâques, sur la route du retour, je reçois un appel de mon père me disant « il vaudrait mieux que tu rentres d’une traite, maman est aux soins intensifs et je ne sais pas si tu la verras encore à ton arrivée ». Coup de tonnerre qui gronde en moi avec fracas. Je ne sais, à ce moment-là, absolument pas comment prendre la nouvelle. Je reste comme sidérée, paralysée par ces mots, par cette réalité, l’angoisse est trop forte et me prend dans sa toile, je ne bouge plus. Mon mari m’encourage à me reprendre, de faire confiance en la vie et d’être avec eux dans l’ici et maintenant. J’en suis incapable. Pourtant sa maladie ne date pas d’hier et l’issue n’a jamais été ignorée… Ou peut-être que si finalement…  Il me faut alors quelques heures de route en silence pour refaire surface. Quelques jours plus tard, ma mère sort des soins intensifs pour retourner chez elle une ou deux semaines plus tard. Incroyable cette force et volonté de vivre. Je la revois aux soins intensifs tapant son poing dans sa main en me disant « il faut que je sorte d’ici ». Et oui, elle en est sortie, plus faible à nouveau, mais sortie.

A la suite de ça, elle a eu encore quelques passages à l’hôpital. Je ne sais plus combien exactement, les « bobos » s’enchaînent les uns aux autres et les séjours à l’hôpital se rallongent alors que les temps à la maison raccourcissent. De mon côté, je gère mon angoisse de la perdre comme je peux. A dire vrai, je m’en coupe peu et m’empêche en quelque sorte de ressentir. Je ne sais ni comment faire, ni comment être. Comment me préparer à donner la vie tout en accompagnant de l’autre côté la fin de vie. Je ne sais pas comment l’accueillir dans ce qu’elle vit. Comment être juste, ni trop, ni trop peu, me respecter et la respecter. La relation mère-fille vient aussi avec tout son lot de complexité consciente et inconsciente… je suis inconfortable dans ce passage… Je demande alors de l’aide, mes sages-femmes m’y encouragent, il vaut mieux que je sois accompagnée. Je vois une thérapeute, on en parle un peu, je fais une séance plutôt psychocorporelle et je me retrouve à travailler ma confiance en la vie… confiance en la vie ? étrange…


Puis j’en arrive (enfin) à Isabelle. Ma mère est à la maison pour le moment, elle est rentrée le 21 juillet d’un énième séjour à l’hôpital. Seulement, lors de ce dernier séjour, on lui a parlé des soins palliatifs… nouveau bouleversement à affronter. Je la retrouve dans sa chambre seule, 10 minutes après que les médecins soient sortis en la laissant avec cette nouvelle réalité à assimiler. Les soins palliatifs… Elle m’en parle, évidemment, et s’effondre… Nouvelle vague d’angoisse qui me traverse et je me sens perdre pied. Ne rien ressentir… je ne peux pas, et je souhaite être là. Je la prends dans mes bras et ne dis rien. Elle s’excuse de flancher, ne veut pas m’inquiéter dans mon « état » …

Aujourd’hui, ce que j’ai reçu en discutant avec Isabelle c’est en quelque sorte une autorisation de sortir de la recherche de solution et de contrôle. En l’écoutant, j’ai ressenti en moi le parallèle que l’on peut vraiment faire entre ces 2 passages de naissance et de mort. Je connais bien l’un et découvre l’autre.

Pour la personne accompagnante, la naissance demande* en fait de simplement être là, d’être vraiment là, dans la confiance et dans l’amour. Pour qu’une naissance ait plus de « chance » de se passer en douceur et sans encombre, il est utile de donner un espace d’expression à sa physiologie. C’est-à-dire, au comment la naissance se passe spontanément et naturellement sans intervention ni extérieure ni intérieure à la femme de par son mental et son émotionnel. Cet espace se crée par la qualité de présence que l’on offre à la mère, par la confiance et la sécurité qu’on lui communique. De cette façon, elle peut plonger dans son savoir-faire intrinsèque et faire confiance à son corps qui sait mettre son monde. On lui permet ainsi, en le faisant nous aussi, de se débarrasser de ses conditionnements autour de la naissance (de tout ce qu’il devrait avoir de douloureux, de dangereux et de risques) pour s’ouvrir dans l’amour de ce qui est. En tant qu’accompagnant, nul besoin de contrôler, de projeter ses peurs ou ses doutes qui nous rendent au final indisponibles à ce qui est.

C’est la même chose dans le passage vers la mort*. Je n’ai aucun besoin de contrôler ni de projeter. J’ai juste à être là, présente à ce qui est et à l’écoute des besoins de la personne qui est dans le passage. Tout comme pour la naissance, je peux, en dehors des temps d’accompagnement, prendre soin de mes émotions, de ce que je vis, de ce que ça brasse en moi. Mais dans les moments de présence, je peux juste suivre et accompagner ce qui se passe. Proposer une présence de confiance et d’amour pour que la « physiologie de la fin » puisse s’exprimer, pour que la personne mourante puisse toucher à sa capacité de mourir. Dans quelle mesure est-ce que la mort ne serait pas cette expérience plaisante que l’âme qui a fini d’accomplir ce qu’elle voulait accomplir aurait à savourer? C’est sûr que nous n’en parlons pas de cette façon, tout comme la naissance soulève toujours la peur et le danger alors son potentiel est plaisir et connexion au sacré, transcendant et transformant. L’enjeux serait donc, de se débarrasser des conditionnements que nous avons à propos de la mort pour laisser de la place à ce qui veut Être dans ce passage.

Ça m’a apporté beaucoup. Ces 7 années de maladie, ça bouscule et ça questionne. J’ai compris que j’étais très inconfortable dans l’inconnu de ce qu’il adviendra et je me retrouvais parfois, je suis honnête, à vouloir que la sentence tombe. Non pas que je voulais la voir partir mais je voulais « savoir », être fixée. Le flot de la vie incertain, changeant, mouvant me mettait mal à l’aise, en insécurité, dans la peur. Je voulais maîtriser pour m’apaiser… mais j’avais tort… et encore une fois, c’est le même scénario pour la naissance. Vouloir le contrôler n’apporte rien si ce n’est la nécessité d’intervention et l’ouverture au risque. En fin de compte, ma préparation pour l’arrivée et le départ de vie serait-elle la même?


Dans cet inconnu… seras-tu là encore quelques mois, quelques semaines ? Maman, verras tu ma fille avec ton corps physique ? Je ne sais pas. Tu ne sais pas. Dans cet inconnu de la vie qui se déploie d’un bout à l’autre, j’ai juste à être là, présente à ce qui est. Écouter tes besoins et y répondre quand je peux. T’offrir une qualité d’être et non de faire qui, peut-être, fera de ton passage d’un monde à l’autre quelque chose de plus doux et de moins effrayant.

Attendre la vie m’a donné envie de rechercher le «comment» et le d’«où» vient la vie. J’ai lu des livres, écouté des gens qui pensent avoir des réponses et une chose revient : la mort n’est pas aussi pénible que ce qu’on aime à le craindre. La mort n’est pas, tout comme la naissance, un passage tabou que notre société en soif de réponses figées aime garder à l’écart, maîtriser et finalement occulter. La mort et la naissance sont ces passages faisant partie d’un cycle de vie et d’amour. La mort nous ramènerait d’où nous venons, dans l’amour sans condition et la lumière qui réchauffe. Alors n’ait pas peur maman, ici-bas, je suis là pour ton passage et au-delà, tout l’Amour sera là pour t’accueillir.


* Il est à noter que lorsque j’écris « naissance et passage vers la mort », je parle d’espace-temps variable d’une histoire, d’une personne à l’autre. La naissance n’est pas uniquement le moment de l’accouchement physique mais comprend toute cette période de transition que la femme traverse. Il en va de même pour le passage vers la mort. Je fais référence à des temps de vie qui peuvent s’étaler sr plusieurs mois, peut-être années.

Chacun comprendra ce qu’il veut ou a à comprendre en lisant ce partage… l’essentiel étant que la naissance et la mort demande les mêmes choses, tant pour l’accompagnant que pour celui ou celle qui ose la transition.


Je vous laisse écouter cette interview qui m’a inspiré cet article.

 

Merci Isabelle pour ce beau moment ♥


Séminaire « Accompagner la vie »

Voici les informations pratiques pour en savoir plus sur ce séminaire:


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Derrière « Eclore et moi » il y a une sage-femme. Je m’appelle Stéphanie, je suis belge et maman de 3 enfants. J’accompagne à distance (en ligne, partout dans le monde) et localement (Bruxelles - Rhode-Saint-Genèse) des femmes qui veulent vivre une maternité qui leur ressemble avant, pendant et au-delà de la grossesse. Je travaille avec des femmes qui aiment comprendre ce qui se passe dans leur corps (« comment ça marche ? »), dans leurs émotions (« qui suis-je ? ») et qui aspirent à vivre des choses pleines de sens. Mon objectif est avant tout de donner confiance aux (futures) mamans pour qu’elles puissent augmenter leur niveau de bien-être en tant que femme. Selon moi, la maternité est un formidable levier de transformation positive pour la femme. C’est l’occasion de vivre une aventure d’amour au service de qui vous êtes et de qui vous voulez être. Si vous voulez en savoir plus, contactez-moi, sans hésiter ;-) → Cliquez ici pour en savoir plus

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«Vint un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore»

- Anaïs Nin

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