Ici ou ailleurs, mettre son enfant au monde


“Demain matin à 7h, nous programmons votre césarienne ? C’est ok pour vous madame Wampach ? »…

Ces mots sont arrivés dans ma tête comme des sons lourds et creux. Comme si en une seconde, on m’avait propulsée dans un espace-temps inconnu et irréel. “Césarienne”, “programmée”, “ok pour moi ?”… Imaginez-moi, sage-femme dans toutes mes cellules, convaincue du “naturel” comme étant le plus bel espace de sécurité à offrir aux mères et aux bébés. Me voilà sur ce lit d’hôpital, enceinte que de 33 semaines et 6 jours avec une césarienne qui m’attendait le lendemain comme première activité du jour… j’avais les boules !


Le rêve américain

 

Nous sommes arrivés en Californie le 2 janvier 2014. Une nouvelle vie devant nous, des tas de nouvelles expériences à vivre et le cœur rempli de fantasmes à réaliser. J’étais alors enceinte de 22 semaines. Tout se passait super bien et ce troisième petit bonhomme était attendu comme Zeus après nos deux premières petites princesses. Je finissais mes études de sage-femme, une reconversion de carrière après avoir travaillé dans de la gestion. J’étais si heureuse d’être toute proche du but et la finalisation à distance de ce parcours était bien organisée.

Après avoir vécu 2 naissances à l’hôpital pour mes filles, l’une médicalisée et l’autre physiologique, j’ai eu envie de faire l’expérience d’un accouchement à la maison. J’avais des images en tête qui revenaient sans cesse de moi mettant au monde notre petit, juste à côté de la cheminée, sur un matelas par terre, avec pour seul spectateur mon mari et une ou deux sages-femmes bienveillantes et sécurisantes. Je voulais faire naître notre fils dans la chaleur de ce nouveau foyer directement plongé dans notre vie familiale. Les filles auraient été présentes et auraient eu la liberté de venir ou de partir selon leurs envies et curiosités. Pas de tabou, juste la simple nature et puissance de ce mystère de la mise au monde auquel on aurait donné l’espace de s’exprimer.

Il a fallu que je me mette en quête de cette sage-femme prête à être la gardienne de ce beau projet que je couvais.


5000$ out of pocket

 

5000$ « out of Pocket » a été mon électrochoc ! Moi qui débarquais d’Europe avec un système de santé tout ce qu’il y a de plus solidaire et codifié, je me suis retrouvée confrontée à la réalité américaine où la santé est finalement un business comme un autre et où je devrais allonger 5000$ sur la table pour pouvoir mettre mon enfant au monde. A l’époque, cela dépassait mon entendement. Je me sentais presque insultée dans mes droits d’individu. Aujourd’hui, mon point de vue a changé sur le sujet. J’ai compris que c’était une manière aussi de valoriser et de reconnaître mon métier et les services offerts. Mais c’est une autre histoire.

Il m’a fallu découvrir la nébuleuse des couvertures de soin de santé aux Etats-Unis et me rendre compte que si je parvenais à être suffisamment convaincante et tenace, je pourrais faire rentrer certaines prestations sage-femme dans ma couverture médicale et me faire rembourser une partie des soins. Après un nombre indécent de coup de téléphone aux assurances, un casse-tête sans nom à essayer de comprendre ce qu’on me disait et à tenter de me faire comprendre… Je commençais doucement à capituler. Finalement, le mieux était peut-être en effet l’ennemi du bien et je pouvais aussi construire un projet de naissance dans le “système” tout en conservant les points essentiels que je souhaitais vivre. Je me suis donc mise en quête d’une porte d’entrée dans le système : un OBgyn, alias le gynécologue-obstétricien ! Nouveau moment de coup dur, je ne le cache pas.

Je pense avoir vu en tout 4 sages-femmes et 4 gynécologues différents. A un moment donné, on me dira sans doute qu’il y a une réflexion à mener sur soi et sa capacité à se satisfaire de ce qui est. Mais je gardais en tête qu’entre les extrêmes rencontrés, il existait quelque part ce qui me correspondrait. Je n’étais ni malade ni inconsciente, j’étais enceinte, en pleine santé et je voulais faire confiance à mon corps tout en lui assurant cette belle sécurité gagnée au fil des siècles et des avancées scientifiques. Puis, je suis tombée sur une gynécologue, sympathique, mère de 4 enfants, relativement à l’écoute et tout à fait disposée à respecter mon projet d’accouchement au “naturel”. Je pouvais ainsi insérer mon projet “maison” dans la réalité de ce système de soin de santé et être couverte par l’assurance en arrivant à la dernière minute « ready to push » pour accueillir mon bébé à l’hôpital.

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque nous nous sommes retrouvées toutes les deux le lendemain, au même endroit, avec ma poche des eaux qui s’était rompue prématurément…


Cela ne faisait pas partie du plan

 

Il était 21 heures lorsque mon mari finalisait le coucher des filles et que je préparais tout pour m’installer confortablement dans le fauteuil avec un livre dans la main droite et une bonne tisane dans la main gauche. Je n’ai pas compris immédiatement. C’était étrange… Un liquide chaud s’est mis à couler le long de mes cuisses et je suis restée immobile. Je n’osais plus bouger pour être certaine de bien ressentir. Je cherchais à comprendre. Ma poche des eaux est en train de se rompre !

J’ai eu quelques secondes de panique, presque de sidération. Je savais de mes livres ou de mes stages que ça arrivait mais je ne le savais pas dans mon corps. Après avoir averti mon mari et les filles que nous allions devoir nous rendre à l’hôpital, j’ai compris en voyant leur tête qu’il fallait que je reprenne mon sang froid et qu’une posture plus “professionnelle” allait sans doute faciliter le vécu de la situation.  Je me suis alors mise à leur expliquer ce que je savais en tant que sage-femme belge : j’allais sûrement être alitée pour quelques semaines, le temps pour le bébé de grossir encore un peu et il arriverait ensuite sans complication supplémentaire.

Arrivés à l’hôpital vers 22 h, les couloirs sont déserts. Nous voilà à l’admission de la maternité où l’on nous fait rapidement comprendre que les filles ne sont pas les bienvenues. Mon mari se retrouve à faire des allers-retours entre la salle de soin, ou je suis allongée sur un lit inconfortable à attendre des nouvelles et à signer des papiers de décharge de responsabilité ou que sais-je, et la porte battante qui garde nos filles à l’extérieure de l’unité, seules, dans ce pays étranger. Une amie d’ami rencontrée rapidement quelques semaines plus tôt fut notre bouée de sauvetage ce soir-là. Seule personne de confiance que nous pouvions appeler à cette époque et à cette heure tardive, elle est venue récupérer nos filles pour les héberger pour la nuit. Ça non plus, ça ne faisait pas partie du plan.


Adhérer à ce qui est

 

Ce que je n’avais pas prévu non plus, c’est que les protocoles aux États-Unis ne sont pas les mêmes que chez nous et que dans mon cas, les études montrent qu’il vaut mieux ne pas garder un bébé avec une poche des eaux rompue dans le ventre de sa mère au-delà de 34 semaines. J’étais à 33 semaines et 5 jours lorsque je suis arrivée à l’hôpital ce soir-là. Mon fils est né deux jours plus tard par césarienne car en plus de sa poche percée, il était mal positionné pour sortir par voie basse. Rien de tout ceci n’avait été prévu. C’est évident. Il m’a fallu ces 2 nuits blanches pour encaisser le nouveau plan. On me l’aurait raconté quelque mois auparavant, j’aurais sans doute eu du mal à me dire que cette expérience puisse se vivre avec une relative sérénité. Pourtant, c’est au final ce que j’en retiens et sur le moment, je me suis simplement efforcée d’adhérer au nouveau plan. J’ai fait la démarche consciente d’accepter ce qui se passait pour le vivre non pas dans la lutte ou le déni mais dans l’harmonie et actrice des événements.

Je savais pourquoi ça se passait ainsi et comment ça allait se passer ensuite. L’équipe a été charmante et énormément dans le dialogue et la codécision. Mon obstétricien de Belgique a fait un Skype nocturne avec moi pour qu’on discute ensemble de la situation. Nous n’étions plus dans de la physiologie. Il me fallait un expert de la pathologie. J’ai pu élaborer mes décisions sur base d’informations claires et je me suis sentie tellement chanceuse de vivre à notre époque. Sans cette césarienne programmée à 7h du matin le lendemain, mon fils ne serait sans doute pas là pour faire bondir mon cœur de ma poitrine à chacune de ses premières fois et à chacun de ses éclats de rire. J’étais bien entendu stressée et assez tendue au moment de l’intervention, heureusement que l’anesthésiste m’a injectée un petit cocktail détente une fois le bébé sorti pour apaiser l’atmosphère, mais une fois que je l’ai vu, tout est passé d’un inconnu anxiogène à un connu d’amour.

Notre fils, qui n’était pas plus lourd que 2 kilos, avait exactement le même visage, la même expression que notre fille aînée. C’est comme si on me remettait 8 ans en arrière à la naissance de Maëlle. Je connaissais ce petit d’Homme, c’était bien le “mien” et je savais à cette seconde précise que mon amour pour lui était déjà infini. Mon mari et moi nous sommes regardés et je savais, sans parler, que nous ressentions la même chose. Un grand soulagement d’entendre son premier cri nous a envahi. Nous savions que tout se déroulait comme ça devait se dérouler et la confiance a alors repris sa place.


La lune de miel

 

Une fois mon fils dans les bras en unité de néonatologie, je pensais que le “pire” était derrière moi. L’hyper-médicalisation de cet événement que je chéris comme sacré devait certainement être l’extrême à digérer. Mais j’avais tort… le plus dur a été de contenir mon cœur de mère lorsqu’on m’a dit « Madame, demain vous pouvez rentrer chez vous ». Nouveau coup de tonnerre. Pour être honnête, je n’y avais même pas pensé ! Rentrer à la maison alors que mon fils allait rester là 24 heures sur 24, c’était impensable. Les quelques mètres qui séparaient ma chambre du lobby de l’entrée principale ont été si longs. Je pleurais à chaudes larmes sur cette chaise roulante, protocoles américains en vigueur, qui me conduisait jusqu’à la voiture.

Une fois ces 2 semaines d’allers-retours incessants à l’hôpital pour assurer ses 8 tétées sur 24h, mon fils était enfin à la maison. Durant les 6 à 9 mois qui ont suivi, j’ai vécu une vraie lune de miel. Je m’extasiais des palmiers et du ciel bleu californien tout en donnant libre cours à mon instinct maternel sans retenue. Encouragée par mon savoir-faire professionnel et épargnée des traditionnels « il faudrait que », « tu devrais faire », « il doit avoir » de l’entourage parfois maladroit, je me suis éclatée dans un maternage 100% fusionnel. Du cododo à l’allaitement à la demande en passant par le portage, les massages et le langage des signes, j’ai eu bien le temps de panser mes éventuels regrets des deux maternités précédentes d’une femme plus jeune qui n’avait pas encore compris que ce temps de rencontre passait si vite et ne reviendrait pas.


Accoucher à l’étranger, ce que j’ai compris 

 

Je vous écris ces lignes de retour de notre vie californienne. Cela fait 4 mois que nous sommes à nouveau en Belgique. Ulysse a presque 3 ans. Ce que j’ai compris de cette expérience de mise au monde à l’étranger c’est qu’il est intéressant de trouver le juste équilibre entre cette indépendance qui nous permet le dépassement de soi et les liens nécessaires pour avancer en toute sécurité sur son chemin. Je m’explique.

L’accouchement comme on l’entend généralement n’est que le moment de l’arrivée physique du bébé sur terre. Il ne représente nullement tout le processus psychique de la mère de mise au monde qui s’étale lui sur plusieurs mois. Le moment de la naissance est bien évidemment important et aura certainement des conséquences, positives ou négatives, sur l’après. Il est comme le catalyseur ou le reflet de ce qui s’opère à l’intérieur de la mère au fil des mois, avant, pendant et après la naissance de l’enfant. Lorsque je dis “accoucher à l’étranger”, je voudrais faire référence ici à tout le processus de mise au monde d’une famille.

Ni l’accouchement (processus global donc) ni le fait de vivre à l’étranger ne sont des étapes simples de la vie. L’un et l’autre peuvent nous proposer des challenges délicats à relever et amener un certain degré de complexité dans la redéfinition de soi. En contrepartie, ils sont, l’un et l’autre, une formidable occasion de se définir et de se dépasser.


Out of the box

 

Vivre une maternité à l’étranger est une double opportunité de partir à la rencontre de soi et d’augmenter notre niveau d’épanouissement.

Devenir mère est en soi déjà un formidable levier de transformation positive pour la femme. La femme va devoir progressivement dire au revoir à celle qu’elle était avant ce bébé pour dire bonjour à cette nouvelle femme devenue mère de ce bébé. Le temps de grossesse est un magnifique espace pour définir les nouvelles lignes conductrices de sa personnalité, pour penser à cette vie de famille désirée et de se donner les moyens d’en poser les fondations.

Vivre à l’étranger potentialise cette réalité. Loin de chez soi, on se retrouve avec plus de facilité pour définir son authentique soi et la liberté d’explorer de nouvelles facettes de sa personnalité. Hors de notre cadre habituel, tout est nouveau et les influences extérieures sont moindres. Il n’y a plus d’habitudes qui peuvent enfermer, elles sont à redéfinir. Il n’y a plus de regard des autres qui nous connaissent depuis toujours pouvant nous limiter dans nos explorations, plus d’étiquette, un nouveau réseau social est à construire. On se retrouve vierge d’une histoire qui est à réécrire. Le fait de vivre en expatriation permet une liberté de rêve, de formulation et de concrétisation encore plus importante. C’est évidemment possible tout en restant dans son propre pays mais j’ai l’intime conviction que c’est plus difficile et surtout parfois plus douloureux.


Des liens qui sécurisent

 

A côté de cette excellente occasion d’éclore en devenant mère à l’étranger, c’est aussi un formidable défi à relever au quotidien. Cette aventure permet autant de se développer que de s’écrouler. Entre nouveautés, doutes, solitude, brassages émotionnels et hormonaux, la femme qui devient mère a besoin d’être sécurisée, que ce soit la première fois ou non. Si vous ajoutez à cela le fait de vivre loin de chez elle et de ses repères habituels, le niveau de délicatesse augmente. C’est le revers de la médaille et l’équilibre à trouver.

Il est alors important de se construire des liens entre la future maman et des personnes qui vont suivre son aventure de manière globale (pas uniquement jusqu’après l’accouchement, mais quasiment jusqu’à la première année de vie du bébé). Ce lien peut être créé dans le pays d’accueil ou avec son pays d’origine mais il est important de choisir quelqu’un pour raconter son histoire de maternité expatriée. Cette personne peut être une amie, un parent, une sage-femme, une doula ou autre professionnel. Cela vous demande de poser ce choix et d’éventuellement, je vous y encourage, de le verbaliser. Comme un contrat implicite ou explicite, vous pouvez verbaliser ce besoin d’avoir une figure rassurante tout au long de votre aventure. Quelqu’un qui sera là pour vous écouter, vous rassurer, vous soutenir et, dans le meilleur des cas, également vous informer.

Accoucher à l’étranger… quelle magnifique aventure de vie !

 

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Derrière « Eclore et moi » il y a une sage-femme. Je m’appelle Stéphanie, je suis belge et maman de 3 enfants. J’accompagne à distance (en ligne, partout dans le monde) et localement (Bruxelles - Rhode-Saint-Genèse) des femmes qui veulent vivre une maternité qui leur ressemble avant, pendant et au-delà de la grossesse. Je travaille avec des femmes qui aiment comprendre ce qui se passe dans leur corps (« comment ça marche ? »), dans leurs émotions (« qui suis-je ? ») et qui aspirent à vivre des choses pleines de sens. Mon objectif est avant tout de donner confiance aux (futures) mamans pour qu’elles puissent augmenter leur niveau de bien-être en tant que femme. Selon moi, la maternité est un formidable levier de transformation positive pour la femme. C’est l’occasion de vivre une aventure d’amour au service de qui vous êtes et de qui vous voulez être. Si vous voulez en savoir plus, contactez-moi, sans hésiter ;-) → Cliquez ici pour en savoir plus

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«Vint un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore»

- Anaïs Nin

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