Histoire personnelle: le choix d’être mère une nouvelle fois

Il est 14h, je marche sur le sable, soleil sur mon visage, je me sens si joyeuse et pleine d’espoir. Nous sommes en janvier et pourtant il fait si bon. Un test de grossesse à la main, je viens de laisser Véronique à l’appartement. Nous sommes parties en retraite stratégique à la mer du Nord pendant 2 jours pour travailler sur nos entreprises respectives et réaliser notre plan d’action de l’année 2017. J’adore ce genre d’escapade !

J’ai le cœur qui fait des bonds de joie. J’ai comme une certitude timide au fond de moi. Une étrange sensation à laquelle j’ai du mal à faire complètement confiance tant qu’un élément extérieur n’est pas venu me la confirmer. Pourtant, elle est bien là. C’est comme si je te parlais déjà. Je pourrais même déjà dire que tu es une fille. Je monte les escaliers 4 à 4. Pas le temps de prendre l’ascenseur. Véro est là, imperturbable, elle commence le bloc de travail de l’après-midi. Moi, je me rends sans tarder aux toilettes. Il faut que je sache. J’ouvre ce test de grossesse. C’est la quatrième fois pour moi et pourtant je me sens fébrile comme pour la première fois. Ces quelques secondes d’attente. Ce rituel du pipi sur la tigette. N’existe-t-il pas quelque chose de plus sacralisé pour officialiser ce passage de l’idée à la réalité, du fantasme au réel, de la femme à la mère ?

Je me poserai la question plus tard. Je fais pipi ! J’attends quelques secondes et ne peux m’empêcher de revenir dans le salon avant la fin des 5 minutes requises. Il faut que je partage ce moment ! Je suis comme ça : impatiente, impulsive, spontanée, exaltée même dirait mon père.

C’est positif ! Une nouvelle fois ! J’en étais si certaine. Je te sentais depuis quelques temps déjà près de moi. Je le disais, en rigolant, qu’à moitié, à ton papa et à tes frère et sœurs. Mais comment en parler aux gens sans paraître folle ? Je sens la joie monter en moi avec un mélange de sérénité et de gratitude. Déjà, il me tarde de rentrer à la maison pour voir mon amour et lui annoncer cette nouvelle magique. Un quatrième enfant. Notre rêve de jeunes amants qui prend vie. Nous avions toujours annoncé 4 enfants même si depuis le troisième des doutes sur notre capacité à l’assumer physiquement et financièrement faisaient aussi partie du tableau…

Me voilà enceinte de 2 semaines. Tout est au beau fixe, je suis heureuse, sereine et débordante d’espoir face à cette promesse d’avenir d’une famille nombreuse épanouie.

Après l’avoir annoncé ci et là, au gré des visites et des envies, pas de plan ou de stratégie d’annonce, Sébastien et moi avons toujours fonctionné ainsi, l’annonce aux parents est moins évidente. Je pense qu’ils ont du mal à comprendre et à ne pas avoir peur pour nous. 4 enfants, c’est tout un équilibre à redéfinir. Selon la majorité, plus pour 4 que pour ceux d’avant, c’est une nouvelle vie à organiser. Une voiture adéquate, des projets vacances à revoir et un entourage sans doute moins ouvert à nous voir débarquer à 6 aussi souvent qu’avant. Sans doute… je ne sais pas vraiment, ne me pose pas encore ces questions.

3 semaines, 4 semaines, 5 semaines. Je m’étonne de me sentir toujours aussi bien. Je me demande quand les nausées vont-elles arriver, à quel moment vais-je ressentir ce dégoût classique de la nourriture, la fatigue et surtout, ce petit détail bien gênant qui a accompagné mes 3 autres grossesses, cette envie de cracher sans cesse ! Une production de salive excessive, ça peut arriver, c’est rare mais ça arrive… il fallait que ça tombe sur moi !

6 semaines ! Les voilà… en douceur d’abord. Diffuses et constantes, les nausées m’accompagnent du matin au soir mais sont très supportables. Puis un matin, à peine le pied posé au sol, j’ai l’estomac qui se retourne, j’ai à peine le temps d’arriver dans la salle de bain et les voilà bien installées en maître. Les choses s’empirent, je n’arrête pas de vomir et de me sentir moche, ballonnée, fatiguée, épuisée, nauséeuse, dégoutée, écœurée… Je retrouve cet état que je redoutais tant. Je déteste le premier trimestre !

Je dois partir à Paris pour 4 jours. Je vais traduire les ateliers de Miranda Gray sur les énergies du cycle féminin. Mon mari se demande comment vais-je bien pouvoir parvenir à tenir des journées entières, debout, concentrée et dans l’interaction. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. J’ai énormément de mal à manger et même à prendre du plaisir dans quoi que ce soit. C’est un état qui pourrait être proche de la dépression : envie de rien, dégoût de tout et fatigue constante.

Les ateliers se passent pourtant super bien. Je passe des journées presque normales et donne toute mon énergie à faire en sorte que ce soit une réussite. Par contre, le soir ,de retour à l’appart de ma cousine, je retouche à cet état désastreux et ne suis à nouveau plus qu’une pâle copie de moi-même. Le dernier jour, nous voilà toutes ensemble à se faire une sorte de soin énergétique au niveau de l’utérus. L’objectif du soin est d’équilibrer les archétypes féminins que nous avons en nous : la jeune fille, la mère, l’enchanteresse et la vieille femme. Durant ce soin, des larmes se mettent à couler de mes yeux sans que je ne puisse contrôler quoi que ce soit. Je ne comprends pas trop sur le coup ce qui est en train de se passer. Ça devient de plus en plus intense à tel point que je dois me lever pour sortir de la pièce et m’effondrer dans les bras de Miranda. Je comprends alors que je n’en veux pas de cette grossesse, que je ne suis pas prête à devenir mère une nouvelle fois et que l’endurance que me demande ce changement d’état m’est insurmontable. Je pleure tout ce que je peux pleurer.

Avant de quitter l’atelier le dernier jour, Miranda me dit « ce n’est pas anodin ce que nous avons fait durant ces quelques jours, tu vas sans doute passer par un mois difficile, surtout prends soin de toi et accueille toutes les vagues et les remous comme ils viennent, ça va passer, ne prends pas de décision importante ce mois-ci ». Ok… ? je la quitte, suis heureuse de l’expérience vécue et épuisée. Je ne prête pas plus attention à ces paroles.

Et à partir de là commence « l’enfer ». Chaque jour est selon moi plus dur à traverser que l’autre. Je suis malade du matin au soir, du soir au matin. Seul le sommeil me donne des temps de repris lorsque j’arrive à m’y abandonner. Je ne mange plus grand-chose, ne garde plus grand-chose. 5 jours passent même sans que je ne parvienne à avaler ou à garder quoi que ce soit dans mon corps. Je me vois maigrir et même dépérir. Je suis blanche cadavérique, ma tension est basse et mon moral est au plus mal. Je suis en détresse. Un soir, ça me sort comme une évidence. Au début, je n’ose pas en parler à mon mari. Je le connais bien et sais que ce n’est pas le genre de discussion dans laquelle il va s’installer confortablement et de manière ouverte. Mais je lui en parle tout de même. Je ne veux pas garder cet enfant. C’est trop pour moi. Un quatrième n’est en fait plus mon rêve, c’est pour moi, à ce moment-là, une prison dans laquelle je me vois m’enfoncer et ou je ne veux pourtant pas du tout aller. Je me sens prisonnière, c’est le terme. Tout mon corps rejette cette grossesse, ma tête, mon âme. C’est impossible ! Sébastien ne veut pas en parler. Pour lui, ce serait comme lui demander de choisir entre Maelle, Cielle ou Ulysse. Il ne peut pas, il ne veut pas. Selon lui, cette discussion aurait dû avoir lieu bien avant. Le choix est fait à ce stade et n’est pas à remettre en question. Dans cette direction qui crie pourtant de toutes les parties de mon être, il me dit qu’il ne pourra jamais me suivre ou me soutenir.

Je me sens perdue, prise à mon piège de désir de maternité. Je me vois m’en vouloir de ne pas avoir su faire la différence entre désir d’enfant, d’accouchement et de famille nombreuse joyeuse sur une photo dans 20 ans d’ici. Je me dévalorise, perds confiance en moi, en mon métier, en mes compétences et sombre un peu plus chaque jour. En parler ? quelle honte ! Mon amie de toujours est là tout de même pour m’écouter avec toute sa bienveillance et sa lucidité. Mais que dire à une femme dans une telle situation ?

Je décide de commencer un accompagnement avec une psychothérapeute. Je la connais bien, lui fais confiance et sais qu’elle pourra m’aider à mettre de l’ordre dans tout ce désordre. On commence par des séances rapprochées, 2 par semaines. Je sens qu’elle me fait du bien et que je commence à avancer vers le chemin de l’acceptation de cette grossesse et de cette vie à 4 enfants. Le chemin est dur. Les allers-retours fréquents, mais j’avance et me sens un peu moins seule. Je me sens rejoindre mon mari dans sa position et me convaincs que c’est pour un bien.

Un soir, un vendredi, il rentre du boulot avec les 3 enfants. Je suis si fière de l’accueillir en lui disant que je me sentais aller mieux dans ma tête, que je fais chaque jour un pas de plus. Je le trouve étrange mais il ne dit rien. Ce n’est qu’au dîner qu’il m’annonce qu’il est prêt, après 5 semaines de discordance, il est prêt à parler avortement, il est prêt à changer de regard et se dit que l’option de ne pas garder cet enfant peut aussi être l’option de protéger ce qui existe déjà : les 3 enfants, notre couple, lui, moi. Cette annonce m’arrive en pleine figure ! D’abord déconcertée par la rapidité avec laquelle un lunch entre amis a su l’ouvrir au dialogue alors que mes discours et appels à l’aide journaliers n’ont à aucun moment pu le faire voir les choses autrement. Mais laissons mon ego de côté. Je suis surtout déconcertée par la violence de ma prise de conscience : tout ce travail que je réalisais, je ne le faisais pas pour moi mais pour lui. Moi, je ne souhaitais toujours pas garder ce bébé, c’était ce qui était présent en moi, tellement, et si douloureux.

Le mardi qui suit, nous avions pris rdv dans un planning familial pour discuter du choix de l’avortement d’abord avec une psychologue et ensuite avec le médecin. A l’issue de ces entrevues, nous avons obtenu un rdv pour réaliser une intervention volontaire de grossesse le mardi de la semaine suivante. Délai légal d’attente entre le premier rdv et l’acte en lui-même. Le temps au couple de réfléchir et de revenir avec une décision posée et « mûre ». Dans mon cas, cela faisait des semaines que j’y pensais, je me sentais plus que « mûre ». Le mercredi fut une journée bien noire. Physiquement, émotionnellement, je me sentais vide et en rage. Le soir, je me suis lancée dans une séance de sophrologie pour me projeter dans l’intervention de manière « sereine » et sans « encombre ». Impossible ! Je ne parvenais pas à me voir monter sur la table de ce médecin. Je n’ai pas insisté et me suis endormie. Le jeudi matin, au réveil, les yeux à peine entrouverts, je regarde Sébastien allongé à mes côtés et lui dis « je ne vais pas pouvoir le faire, je ne peux pas ne pas garder cet enfant ». Il ne dit rien. Il me fait comprendre sans mot qu’on a du temps pour cheminer encore.

Les jours se suivent, je continue mes séances avec cette psychothérapeute. On fait le tri dans tout un tas de souvenirs douloureux de mon histoire. Je travaille sur ma capacité à prendre des décisions juste pour moi. Je me rends compte que c’est un sujet complexe. Je vais de prise de conscience en prise de conscience. De larmes en consternation, de libération en délivrance. Un soir, Seb me dit « ce bebe va te rendre sage ». Cette phrase me marqua profondément. A chaque jour qui passe je me sens de plus en plus, timidement, joyeuse à l’idée de cette grossesse. Je me sens balancer de l’autre côté et plus libre de faire un vrai choix. Le vendredi, en séance de relaxation profonde, je dis à ma thérapeute : « j’ai l’impression de me battre contre mes grands-mères et arrières grands-mères, je ne me sens pas seule dans toute ce marasme ». Elle me regarde perplexe et me dit qu’il peut sans doute y avoir un processus transgénérationnel en jeu. C’est possible.

Le lundi nous avions rdv à l’hôpital pour l’échographie du premier trimestre. Quelle ironie. Il fallait annuler un des 2 rdv : le lundi ou le mardi. Nous sommes allés tous les 2, mains dans la main, sans trop parler, le lundi à notre rdv. Nous avions fait notre choix. L’émotion était à son comble pour moi. Angoissée, les mains moites, impression de flotter, je me sentais en bout de course d’un long processus. Je me voyais en train de prendre MA décision de garder et de porter cet enfant dans la vie. On est entré dans la pièce, on la vue à l’écran, on a pleuré et c’est à cet instant que nous sommes devenus des parents de 4 merveilleux enfants.

Depuis, ce n’est que l’impatience douce de futurs parents qui nous habite. On a hâte de la voir, de la sentir, de la toucher, de l’accueillir, de la découvrir. On est sourire aux lèvres. Du drame on est passé à la douceur de l’attente d’une famille qui s’agrandi.

Le mercredi, j’avais à nouveau rdv avec mon gynécologue pour une séance de microkiné cette fois-ci. Je lui avais demandé d’harmoniser tout ce flot émotionnel que j’ai vécu et de soulager ce qui me restait encore de nausées et de salivation excessive. La séance a duré 10 minutes, même pas. Il m’a dit « tu vas super bien ». Étonnée, il a enchaîné en me disant qu’il me sentait vraiment alignée avec mon choix d’avoir 4 enfants, que tout dans mon corps était fluide. Il a juste senti (lui a qui je n’avais rien raconté de tout mon processus, il savait simplement que j’avais hésité à ne pas garder ce bébé et que les dernières semaines avaient été difficiles) que ce refus ne venait peut-être pas de moi. Que j’avais comme un leg transgénérationnel de 4 ou 5 générations au-dessus de moi qui me disait « attention, 4eme enfant c’est dangereux ». Comme un gros signal d’alarme transmis de mère en filles, j’avais en moi cette croyance que 4 enfants n’était pas possible ou pur folie. Il m’expliqua qu’il y a dû avoir une grosse complication avec le quatrième enfant de mon arrière-(arrière-arrière) grand-mère et que d’une manière ou d’une autre cela m’avait été transmis. En prenant cette décision de garder cette petite fille, j’ai pris la décision d’abandonner cette peur profonde. Je me suis choisie moi dans mon désir profond de réaliser notre rêve de jeunes amants…

Nous sommes partis en vacances quelques jour plus tard pour digérer toutes ces semaines de grosse bousculade. Merci les mamies 😊

Je vous écris de la plage, retour au point de départ, et mon ventre commence à prendre ses formes. Sur le sable, je sens qu’une nouvelle page peut s’entamer.

Me voilà à 14 semaines.

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La suite vous sera transmise de semaine en semaine 😉 sur « éclore et moi » (Facebook ou lettres bimensuelles) ou de plus près dans l’accompagnement « je cultive » (je vais vivre au fil des semaines à venir avec vous ce suivi que je propose pour vivre une maternité qui nous ressemble, alors si vous aussi vous attendez un bébé et que ce que je propose vous parle, c’est le moment de plonger ! rencontrons-nous).


Note: Pourquoi vous parler de mon histoire avec tant de détails et de transparence ?

Il y a 3 raisons majeures à cela :

  1. Pour soulager celles qui en ont besoin dans leurs vagues émotionnelles : la grossesse vient toutes nous chercher quelque part et bien souvent là où on ne l’attendait pas. Soyez douce et patiente avec vous et n’hésitez pas à prendre de l’aide quand le besoin se fait ressentir. Il n’y a aucune raison valable de rester isolée et perdue dans son coin. Des professionnels de la santé, de toute sorte, sont là pour nous aider dans nos transitions de vie et pour nous permettre de mieux les vivre. Osez pousser la porte, ce sont des périodes importantes et marquantes de nos vie de femme.
  2. Pour vous dire que le premier trimestre passe 😉 le second est souvent mieux ! le premier trimestre bouscule tant physiquement que émotionnellement. Mais ce n’est qu’un temps. Pour certaine, ça se fait sans encombre et c’est tant mieux. Pour d’autres, c’est plus dur et délicat. Parfois ça peut meme etre vraiment tres dur! Gardez confiance, les choses évoluent et heureusement que nous avons 9 mois en fin de compte pour se préparer à l’arrivée de cette révolution bébé.  
  3. Pour vous dire que nous ne sommes parfois, bien souvent en fait, pas seules à faire nos bébés. Ce sont des histoires de familles qui continuent de s’écrire et d’avancer.  Lâchons notre toute puissance et besoin de contrôle et concentrons-nous sur toutes ces choses qui augmentent notre niveau de bien-être dans l’instant présent. Mettons notre énergie et notre temps à nous connecter à ce qui est vraiment présent au fond de nous et à ce que nous voulons vivre.

Je vous souhaite à toutes une belle grossesse, que cette expérience vous transforme là où il faut et comme il faut. Qu’elle signe le début de cette vie qui avance ♥ et dans le meilleur des mondes qui vous ressemble 🙂

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Derrière « Eclore et moi » il y a une sage-femme. Je m’appelle Stéphanie, je suis belge et maman de 3 enfants. J’accompagne à distance (en ligne, partout dans le monde) et localement (Bruxelles - Rhode-Saint-Genèse) des femmes qui veulent vivre une maternité qui leur ressemble avant, pendant et au-delà de la grossesse. Je travaille avec des femmes qui aiment comprendre ce qui se passe dans leur corps (« comment ça marche ? »), dans leurs émotions (« qui suis-je ? ») et qui aspirent à vivre des choses pleines de sens. Mon objectif est avant tout de donner confiance aux (futures) mamans pour qu’elles puissent augmenter leur niveau de bien-être en tant que femme. Selon moi, la maternité est un formidable levier de transformation positive pour la femme. C’est l’occasion de vivre une aventure d’amour au service de qui vous êtes et de qui vous voulez être. Si vous voulez en savoir plus, contactez-moi, sans hésiter ;-) → Cliquez ici pour en savoir plus

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«Vint un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore»

- Anaïs Nin

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